IZIA

Label : artistes-2020

IZIA

La citadelle de Calvi. Elle s’élève dans cette Haute-Corse aussi bleue qu’intrépide. C’est là qu’Izïa Higelin se retrouve depuis sa plus tendre enfance. Où elle a vécu parmi ses plus beaux souvenirs avec son père, qu’elle a couru au cœur des remparts. Où elle a chanté pour la première fois, connu son premier chagrin d’amour, sa première fête. Un lieu vital : « On dirait que tu danses quand tu marches dans les rues, je me souviens / Tes deux bras tendus qui me soulèvent, citadelle, je me souviens », chante Izïa dans l’éblouissant « Calvi », qui fait ici écho à « La Ballade de Tao » écrite par Jacques Higelin.

C’est là qu’est né ce quatrième album, logiquement baptisé Citadelle. Pour la ville corse, donc, mais aussi pour ce qu’une citadelle représente : une enclave inébranlable, qui défie le temps, « assaillie et assagie » comme la décrit Izïa. Elle-même vient de fêter ses dix ans de carrière. Déjà ! Elle qui a débuté enfant est devenue mère il y a quelques mois d’un petit garçon, peu après avoir perdu son père. L’occasion de fermer un premier grand chapitre de sa vie et d’inaugurer un nouveau cycle avec Citadelle, intime et universel, humble et majestueux. Car depuis La Vague, paru en 2015, des bouillons d’eau sont passés sous les ponts.

Tout a commencé donc à Calvi, à l’automne 2017, aux côtés de son complice Bastien Burger. Conçu en huis-clos, Citadelle a suivi l’évolution du bébé porté par Izïa, les joies et les peines de la vie, la disparition et la naissance, la reconstruction. Entre fulgurance et doutes, les textes d’Izïa, parfois épaulée par Lescop (« Sunset », titre le plus fictionnel du corpus) ou Fred Poulet (« Chevaucher »), brillent d’une poésie franche et immédiate qui n’exclut pas, cependant, la double lecture. De quoi trouver pour de bon sa voix en français, entourée des personnes qui comptent pour elle : Dominique A et Jeanne Added, qui chantent sur les bijoux synthétiques « Esseulé » et « Chevaucher ». 

« J’ai gagné de la confiance en moi, dans mon timbre, dans mon corps, confie-t-elle. Même si je ne connaîtrais jamais la plénitude, ce n’est pas pour ça que j’ai signé… et je ne supporterais pas de vivre autrement ! » Ainsi, dans « Trop vite », elle évoque, avec lucidité et non sans humour « des sensations classées sans suite » qui font le sel de la musique et de ses performances. C’est trop vite, en effet, que sont passés ses débuts, entre premiers disques, premiers films, les César et les Victoires, un environnement musical soumis à de profonds changements. Les fans, eux, sont présents, toujours plus nombreux, fidèles.

Cet album de variations vocales autant qu’orchestrales, où l’on entend cordes célestes et claviers scintillants, où passent multitude d’humeurs, où chaque morceau possède sa propre identité, doit sa beauté à sa profonde sincérité. Izïa ne ment pas, tous ceux qui l’écoutent ou l’ont vue sur scène le savent. Cependant, Citadelle s’avère être son œuvre la plus autobiographique, sans voile et sans fioritures. 

« Que tu saches », organique et synthétique, s’adresse à son enfant. On pense, forcément, à « La Ballade pour Izïa »… Le bouleversant « Idole », à l’instrumentation épurée, convoque la figure paternelle mais aussi les statues à qui on dépose des offrandes pour la guérison de ceux qu’on aime. « La maladie et l’agonie, nous y sommes tous confrontés, commente la chanteuse. Le but de ce disque, c’est dire aux gens qu’ils ne sont pas seuls, apporter des petites réponses. De l’amour, j’en ai beaucoup à donner… Comme mon père, je suis convaincue que seule la bienveillance et l’empathie peuvent sauver l’humanité. »

« Sous les pavés », dont les paroles anti individualistes contrastent avec une mélodie entraînante, va dans ce sens en interrogeant notre monde en danger, source d’une angoisse vertigineuse et manquant cruellement d’espoir. Pour Izïa, il est important de chanter ce dont elle parle tous les jours.

Nourri d’effets sonores enivrants, « Dragon de métal » est un manifeste de force face au manque, au regret de ce qui n’a pas eu lieu. Avec la pop tribale de « Sentiers », Izïa raconte la fuite de jeunes filles d’un village où elles sont menacées. Par là, elle rend hommage à la puissance féminine… 

Sur scène, aussi sauvage et sensuelle soit-elle, son énergie est indépendante de féminité ou de masculinité. Son chant viscéral frappe en plein cœur. Secoue nos tripes. Nous fait exister plus fort encore. « Citadelle est une leçon de vie, affirme Izïa. Sur ce que l’on traverse, sur ce dont on se remet. » Ce qu’elle exprime via des vaisseaux pop dénués de toute influences, à l’écoute d’émotions intenses. Un album à la genèse éprouvante, mais qui marque d’un sceau sacré l’accomplissement d’une artiste pour qui la liberté n’est pas qu’un grand mot. C’est l’acte de foi musical d’Izïa Higelin.

 

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MARDI 10 MARS – 19H30 – ESPACE JULIEN